Lorsque l’on pense à des films mettant en scène des boxeurs, l’image qui vient en premier est celle de Rocky et son mélange de misère et paillettes qui participe pour une bonne part au rêve américain : on est issu d’un milieu pauvre, mais, à force de travail acharné et de volonté, on arrive à se dépasser.
Rien de tel dans le Koza d’Ivan Ostrochovsky, road movie glauquissime où l’on suit un rom, ancien champion olympique de boxe, et son « employeur » dans les fin fonds d’une Slovaquie miséreuse. Misa, la compagne de Koza a besoin d’argent pour se faire avorter, aussi Koza décide-t-il de remonter sur le ring pour trouver l’argent (même s’il préfèrerait garder l’enfant).
Koza convainc Zvonko, son employeur, un ferrailleur, de l’aider. Les deux hommes s’embarquent alors dans un long périple fait de salles de sports miteuses, de contrats douteux, de nuits glaciales passées dans le camion où l’on tente de se désaltérer avec une bouteille de cola gelée, et de longs trajets dans des paysages enneigés entre deux combats perdus dès lie premier round.
La grande force du film tient à son caractère hybride : fiction documentaire tournée avec un véritable ex-champion de boxe et ponctuée d’images de vrais combats. « Koza n’était pas bon quand il "jouait" les scènes de boxe. On a tourné ces faux matches, et puis, quand on a vu que c’était vraiment pas bon, un an plus tard on a filmé de vrais combats », expliquait Ivan Ostrochovsky lors de la présentation du film au public rouennais.
Au cinéma, les frètes Dardenne nous avaient fait effleurer la misère du quart-monde. Dans Koza, Ivan Ostrochovsky nous montre que lorsque l’on atteint le 36e dessous, la caméra trouve encore un ou deux sous-sols à explorer – sobrement, sans misérabilisme ni complaisance –.
Par delà l’histoire de ce has been, et de son patron, l’un et l’autre réduits à vivre d’expédients, on peut lire en filigrane le sort des laissés pour compte du néolibéralisme économique qui s’est imposé dans la plupart des pays d’Europe de l’Est après la chute du communisme. De ce point de vue, l’élection de 14 députés du parti néo-nazi Notre Slovaquie aux législatives du week-end dernier n’est que le dernier avatar en date du profond malaise économique et politique qui hante depuis plusieurs années déjà les pays d’Europe centrale, et qu’illustre à sa manière Koza.
La Slovaquie doit assumer la présidence de l’Union européenne au 1er juillet 2016.
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