Le film du réalisateur lituanien Sharunas Bartas est arrivé au festival de Rouen auréolé de sa sélection à la Quinzaine des réalisateurs et d’une rétrospective qui vient de s’achever au centre Pompidou. En huit films, Bartas s’est acquis la réputation d’un cinéaste exigeant et atypique pour lequel les mots ne peuvent dire ce qui ne peut s’exprimer en images.
« Peace to us… » confirme ce parti pris : aux dialogues, Bartas préfère les longs silences dans un film centré sur le mal-être et l’incommunicabilité.
« Peace to us… » raconte l’histoire d’un couple et de leur fille ado qui partent pour un week-end à la campagne. Auparavant, la femme, violoniste, a connu un magistral pétage de plombs au milieu d’un concert, quittant la salle et laissant une assistance médusée, incident dont elle ne parlera pas à son mari (ni à personne).
Le film présente ainsi en longs plans séquences deux couples, d’une part les bobos venus à la campagne, d’autre part deux fermiers locaux. Une autre relation se forme entre la jeune ado et un vagabond. Au fil du temps qui semble s’étirer à n’en plus finir, Bartas met en scène non pas des existences partagées, mais des solitudes juxtaposées, dont la tristesse intrinsèque est encore renforcée par l’absence de parole.
Et lorsque la parole se libère, c’est sous la forme des insultes (et des coups) qu’échangent le fermier et sa femme, ou bien du rejet brutal des tentatives que fait la violoniste pour évoquer Beethoven auprès de la vieille fermière qui ne jure que par les chants folkloriques lituaniens… Une autre parole, plus intime, plus authentique, finit par se manifester à la nuit tombée, mais sombre rapidement dans les lieux communs et ne parvient pas à masquer la fragilité (ou l’absence) des sentiments.
Bartas impose un rythme résolument lent, en harmonie avec la nature environnante et les interminables journées d’été de l’Europe du Nord, dans lequel sourdent néanmoins une tension constante et un spleen généralisé, le tout enveloppé dans des images d’une grande beauté (Bartas est/a été également photographe. La galerie du Passage de Retz à Paris présentait ses photos le mois dernier).
Mais l’indigence du scénario amène à se demander si cette fois, la machine ne tourne pas à vide, sauf à considérer que le réalisateur nous invite à partager sa désespérance. Ce mal-être devient à ce point perceptible que, par moments, l’ennui guette le spectateur.
(Pour une réflexion plus approfondie, on lira avec intérêt la critique de Marie Gueden sur le site Critikat.com <a href="http://www.critikat.com/article9508" title="Critique du film Peace to Us in Our Dreams">Peace to Us in Our Dreams </a>
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